Les YAMAS à l’intention des pratiquants d’aujourd’hui

Les YAMAS à l’intention des pratiquants d’aujourd’hui

YAMA #1 – AHIMSA / La non-violence

Les blessures physiques ou verbales sont des formes de violence qui sont faciles à voir et à comprendre. Cependant, la non-violence a aussi de nombreuses implications subtiles. 

Pensez, par exemple, aux moments où vous avez pu faire preuve d’irritabilité, de manque de patience, d’attention, jusqu’à peut-être des explosions de colère avec vos proches ou même des inconnus, et faites le lien avec un trop plein de chose à gérer, trop d’excitants (café, alcool, malbouffe…), ou des nuits de sommeil trop courtes. 

Notre capacité à être non-violent envers les autres est directement liée à notre capacité à être non-violent avec nous-mêmes ; le déséquilibre dans nos systèmes engendre la violence, car ce que nous ressentons à l’intérieur trouve son chemin vers l’extérieur. 

L’équilibre n’est pas quelque chose que nous pouvons planifier. Il est propre à chacun et peut varier d’un jour à l’autre.

Pour être en harmonie avec nous-mêmes, nous devons taire nos pensées polluantes et écouter ; tenir compte de cette voix intérieure qui sait simplement ce dont nous avons besoin.

Essayez au moins une journée de garder votre équilibre comme si c’était votre bien le plus précieux. Ne cherchez pas à programmer quoi que ce soit pour se faire, ou à vous faire une idée de ce à quoi cela doit ressembler. Au lieu de cela, trouvez des conseils dans les messages de votre corps et répondez à ces besoins. 

Vous sentez-vous fatigué physiquement ou mentalement ? Allongez-vous, posez votre corps et surtout votre tête. Observez. 

Votre corps est lourd, engourdi ? Sortez prendre l’air, ou dérouler votre tapis, étirez-vous comme un chat, ou danser.

Avez-vous faim ? Ne répondez pas aux horaires imposées, ne manger que quand vous avez faim, sans vous goinfrez, ni vous affamez. Mangez sainement.

Explorez à quoi ressemble l’équilibre pour vous.

Observez combien de plaisir, de gentillesse et de patience vous pouvez vous permettre d’avoir avec vous-même.

YAMA #2 – SATYA / La sincérité

Satya est associé à la non-violence ; dire notre vérité sans nuire aux autres, ou à soi. 

La vérité exige de l’intégrité envers la vie et envers nous-mêmes, c’est plus que ne pas dire un simple mensonge.

“Un mensonge n’aurait aucun sens à moins que la vérité ne soit ressentie comme dangereuse” Carl Jung

Qu’est-ce qui pousse à (se) mentir sur qui l’on est vraiment ? 

À être gentils plutôt que sincères ?

À se taire alors qu’on en pense pas moins ? 

À dire oui quand il faudrait dire non ? 

Ou, comme Carl Jung nous le demanderait, qu’est-ce qui est si dangereux à propos de la vérité que vous choisissez de mentir ?

De qui ou de quoi demandons-nous l’approbation ?

La vérité semble rarement nous demander le choix le plus facile.

Prenons l’exemple de l’appartenance à un groupe vs le besoin de se développer et de grandir. Les groupes auxquels nous appartenons sont nombreux : notre culture, nos amis, notre classe sociale, notre tranche d’âge, notre famille, notre communauté… Lorsqu’un conflit surgit entre le besoin d’appartenir et le besoin de grandir, nous devons faire un choix. Nous devons soit sacrifier une partie de nous-mêmes pour maintenir notre appartenance, soit risquer l’approbation et le soutien du groupe. La vérité de notre liberté porte parfois le prix de la culpabilité.

« La vérité change avec le temps. » Carl Jung

Ce qui est vrai à un moment donné pour nous, mais ne nous sert plus, devient finalement un mensonge.

Cherchez les idées ou les croyances qui vous servaient autrefois et qui sont maintenant devenues obsolètes. Au fur et à mesure que vous lâchez ce qui ne vous sert plus, faites attention où le déni se faufile.

Partez dans la quête audacieuse de la vérité et la dynamique, plus profonde qu’il n’y parait, de la sincérité, vers un vous plus clair et plus authentique.

Satya vous aide à devenir une personne en qui vous pouvez avoir confiance.

YAMA #3 – ASTEYA / ne pas voler

Nous volons les autres, nous nous volons nous-mêmes et nous volons la terre.

Si nous vivons dans la peur et les mensonges, notre insatisfaction envers nous-mêmes et nos vies crée une tendance à voler ce qui ne nous appartient pas de droit. 

Cette insatisfaction peut mener à se comparer aux autres, à vivre par procuration ou à essayer de les contrôler, ou de les manipuler dans une tentative de se sentir mieux.

Comme en ramenant toute conversation à soi ; la conversation devient à propos de nous et nous l’avons volé au lieu d’être présent pour l’autre personne. Ou encore d’entraîner les gens avec nous, faire jeux des rumeurs, critiques et remarques sarcastiques, ou ruiner un moment qui se devait agréable par la mauvaise gestion d’une émotion – tout cela est du vol.

 

L’intention est alors de nous servir nous-mêmes, pas les autres.

En s’imposant une image de soi qui n’est pas vrai, nous volons le déploiement de notre propre unicité. Toutes les exigences et attentes que nous nous imposons nous volent notre propre enthousiasme. Tout auto-sabotage, faible estime de soi, critiques et exigences de perfection sont des formes d’auto-abus dans lesquelles nous détruisons l’essence même de notre vitalité. 

Nous nous volons nous-même.

Le mot sanskrit Adikara – le droit d’avoir – implique que si nous voulons quelque chose, nous devons développer la compétence requise pour l’avoir. 

Nos résultats dans la vie sont conformes à nos capacités, pas nécessairement à nos souhaits et objectifs, or nous n’obtenons que ce que nous avons la compétence d’avoir et de garder. 

La compétence comprend la capacité de voir ce qui est juste pour nous.

Soyez enthousiasmés par les possibilités de votre propre vie.

Enfin, nous sommes de simples visiteurs de l’expérience humaine. Apprécier pleinement cette réalité, c’est accepter qu’user et abuser notre planète est une forme de vol.

Les écritures védiques, animistes, parlent de ne rien prendre sans donner quelque chose en retour. Nous devons retrouver notre sens de la gratitude, se souvenir de nos ancêtres, même minéraux ; être les gardiens actuels dans cette lignée d’existences passées et futures.

YAMA #4 – BRAHMACHARYA / La gestion saine de ses plaisirs

Brahmacharya a longtemps été interprété comme signifiant le célibat ou l’abstinence, puisqu’originellement à l’attention des brahmanes et autres renonçants. 

Pourtant dans la lignée de l’Ashtanga par exemple, S.K. Patthabi Jois < T. Krishnamacharya < R.M. Brahmacari, ce sont tous des pères de famille. 

Et si on a en tête les « récentes révélations » concernant l’église catholique, il est évident que l’abstinence est une forme d’excès qui n’engendre rien de bon. 

 

Brahmacharya implique de traiter notre sexualité, comme nos autres formes de plaisirs, d’une manière consciente et respectueuse plutôt qu’excessive.

Nous sommes une société d’excès loin de saisir le concept du « juste assez ».

Pourtant pensez à la façon dont l’excès s’impose sur la joie du moment : la lourdeur, la culpabilité, d’un estomac trop plein, l’irritabilité dû à trop de travail, le poids du manque de sommeil, le prix à payer de soirées trop festives, l’insatiabilité de trop de possessions…

Pouvez-vous profiter du plaisir sans excès ?

Le non-excès n’est pas une question de non-plaisir. 

Il s’agit en fait de la jouissance et du plaisir dans son expérience la plus complète.

Prenez conscience que notre esprit relie certains états émotionnels à certaines activités. Quand une activité est synonyme de satisfaction, nous avons un besoin addictif de répétition des sentiments associés à cela, nous devenons dépendants.

Si nous sommes dans le plaisir et non dans la dépendance, nous pratiquons le brahmacharya.

Brahmacharya nous aide à manœuvrer à travers les exigences de la société sans qu’elles ne nous dirigent.

Pratiquer le non-excès préserve et honore la force vitale en nous, afin que nous puissions vivre avec clarté et respect de nous-même.

Pouvez-vous vous respecter ?

YAMA #5 – APARIGRAHA – la non-possessivité

Aparigraha ; non-possessivité, non-attachement, non-avidité, pourrait se résumer par la capacité au « lâcher prise ». 

Ce dernier YAMA nous invite à profiter pleinement de la vie tout en étant capable de tout laisser tomber à tout moment : nos convictions, nos souvenirs, nos rôles, nos biens, nos agendas, nos plaisirs, l’image qu’on se fait de soi, notre besoin des autres. 

Vivre pleinement sans s’attacher n’est pas une chose facile quand on éprouve la plénitude d’être aimé, la satisfaction d’un repas superbe, la reconnaissance du travail bien fait… On peut facilement vouloir s’accrocher et ne jamais lâcher.

Le non-attachement ne signifie pas que nous nous fermons d’une manière ou d’une autre des plaisirs et de la joie de vivre, mais à prendre conscience de l’impermanence. 

C’est dans la nature des choses de changer. 

S’accrocher à l’idée que quelqu’un, ou quelque chose, puisse toujours nous apporter la même satisfaction, en étant toujours identique à l’image qu’on s’en fait, et là pour nous toujours de la même manière est illusoire.

Nos tentatives pour nous y accrocher finissent par nous mécontenter.

Ce que nous tenons, commence à nous tenir – nous créons notre propre prison.

Nos croyances sur nous-mêmes, sur la façon dont la vie devrait être, sur la façon dont les autres devraient être, nous maintiennent dans l’esclavage de notre propre évolution, nous gardant aveugles aux nouvelles opportunités qui nous entourent.

Aparigraha nous invite à lâcher prise pour que la prochaine chose que la vie veut nous apporter puisse avoir l’espace de venir.

Faites confiance à la vie comme vous faites confiance à votre souffle. 

Profitez de la plénitude de l’inspiration, puis lâchez prise tout aussi profondément et pleinement, en profitant de la libération de l’expiration. Plus nous relâchons notre respiration, plus il y a de place dans notre corps pour la prochaine inspiration.

Le voyage de la vie est vers la liberté. Restez disponible pour elle.

CONCLUSION

Les Yamas ne sont pas des commandements, mais des aides à la réflexion. 

Les Yamas, traduits par « contraintes », sont comme des lignes de conduite qui nous informent lorsque nous faisons fausse route et nous guident vers l’harmonie.

Intégrer les Yamas nous aide à ne plus chercher tant vers l’extérieur de quoi se sentir bien, mais à partir en quête de satisfactions émanant de notre être intérieur. Là où réside notre joie de vivre.

Ils nous orientent vers le respect et l’appréciation de notre propre vie au sein de la société.

Nous sommes des créatures sociales, vivant sur une planète pleine d’autres formes de vie, où nous devons apprendre à vivre ensemble, et voir au-delà de nos propres besoins. 

En ce sens, nous pouvons considérer les Yamas comme des disciplines sociales, nous guidant vers l’harmonie et une relation juste avec le monde.

Ils demandent du temps pour être intégrés, et une observation bienveillante sur nos propres pensées et actions. 

Comme toute pratique de Yoga, ils demandent une pratique quotidienne.

La pratique de la Non-violence (Ahimsa), de la Vérité (Satya), du non-vol (Asteya), de la gestion saine des plaisirs (Brahmacharya) et de la non-possessivité (Aparigraha) nous permet :

  • De cesser de nous faire du mal, à nous-mêmes et aux autres, pour plus de compassion pour soi et les autres. S’aimer pour mieux aimer.
  • De cesser les mensonges et demi-vérités en faveur de l’expression de notre propre unicité
  • D’acquérir de nouvelles compétences et capacités pour notre plus grande joie
  • D’apprécier les plaisirs de la vie sans excès, afin de les vivre pleinement 
  • De ne pas porter, et faire porter, le poids de l’attachement. Libre de saisir ce que la vie nous offre.