Le Yoga : Un état d’Être, ou L’art de l’observation menant à la tranquillité

Cette période que nous traversons peut être challenging à bien des égards pour bon nombre d’entre nous. Les médias vous conseillent le yoga pour mieux la vivre, mais beaucoup, limitant cela à une activité physique qui va les occuper, ne voient pas nécessairement d’effet sur leur agitation mentale.

Le Yoga ne s’arrête, ni ne se limite, à la pratique physique posturale, ou même à celle du Pranayama et des différentes formes de méditation. Le Yoga est un Darshana (philosophie) intimement lié à celui du Samkhya. Pour faire simple; le Samkhya explique le fonctionnement du mental, le Yoga vous donne des moyens de parvenir à son contrôle.

Le Yoga est un état d’être qui vous accompagne tout au long de la journée.

L’étude de soi, Svadhyaya (composante des Niyama et du Krya Yoga) est une recherche qui nous invite à vivre intimement en nous-même. C’est une observation lucide du fonctionnement de notre mental et des mécanismes qui nous commandent : une attitude à la fois passive et active. Passive parce que vous n’intervenez pas, active, puisque vous assistez au processus.

La pensée est un véhicule, un instrument ; nous l’empruntons chaque fois qu’elle est utile, sinon, elle ne sert à rien. Or Le plus souvent, nous entretenons des pensées parasites (vritta). Nous les prenons en considération, nous les dirigeons, les justifions, vivant ainsi constamment dans un état de préférence, conditionné par des complémentaires : positif/négatif, antipathie/sympathie, plaisir/déplaisir se référant à nos expériences affectives passées.

Nous créons par habitude une personne à laquelle nous nous identifions et nous agissons en nous appuyant sur elle, sur ses réactions qui ne sont issues que de nos mémoires, sur une réalité que notre mental a crée et qui nous éloigne de notre état naturel de tranquillité.

Posez-vous sérieusement des questions sur les différents motifs qui vous guident dans votre vie, et vous arriverez à la conclusion que vous souhaitez seulement le non-désir, la profonde tranquillité. Comprenez qu’aucun « objet » ne vous la donnera et le dynamisme de la recherche s’arrêtera. La paix intérieure et la joie sont sans cause.

Le besoin primordial en vous est d’être libre, libre de toutes ces pensées polluantes ; il n’y a pas d’autre liberté (Moksha/Mukti).

Peut-être, encore plus récemment maintenant que vous en avez l’opportunité, avez-vous connu des moments de silence total, quand, dans la journée, vous ne récapitulez, n’anticipez pas : lorsqu’une pensée a terminé son cours, dans l’espace entre deux actions, deux perceptions, ou en vous promenant, par exemple dans la forêt et que vous vous laissez pénétrer sans vous reporter au passé et à la mémoire, que vous n’êtes alors plus dans les pensées, mais dans le ressenti.

L’absence de pensée parasite, cette nudité, est silence. C’est un lâcher prise, une ouverture complète, sans réserve, vigilante.

Lorsque cela se représentera, ne mettez pas l’accent sur l’absence ressentie, mais sur la présence fondamentale, elle est conscience. Observez ce « vous » qui constate le processus, ce sera déjà une ouverture considérable. Mettez ensuite l’accent sur la présence qui a permis de lâcher prise.

Sachez protéger ces moments de réceptivité, restez présent. Le passé, le futur ne sont que mémoires. Lorsque notre mental égotique est en action, nous ne sommes pas présents.

« Vivre le moment présent » c’est observer sans mettre en action ses « mémoires ».

Ne vous laissez pas envahir par les mouvements de la vie : faire ce qui doit être fait, y réfléchir auparavant, mais en ne leur donnant que l’intérêt qu’ils méritent.

Si vous essayez de combler vos moments de peur et d’ennui par toute sorte de compensation, vous ne pourrez pas les effacer. Ce n’est qu’une fuite devant ce qu’il vous faut accueillir, accepter.

Soyez observateur : constatez votre agitation, votre nervosité, ce sont les premiers mouvements à écouter. Voyez que vous êtes constamment en état de refus, soyez-en conscient. Si vous résistez, tout est confusion, obnubilation ; c’est la personne/l’ego qui refuse.

Si vous ne vous référez pas à elle, la dualité n’apparaitra pas. Dans cette attention, la personne s’estompe puis disparait. Ce sera réellement possible lorsque vous aurez accepté ces mouvements.

Laissez les choses se faire: n’essayez pas d’enrayer, de compenser, de diriger toutes ces agitations. Notez ce qui apparait sans le qualifier. Du moment que vous êtes conscient de vos réactions, vous n’en êtes plus complice, vous ne vous identifiez plus à vos problèmes, le schéma est éliminé.

En étant de plus en plus à l’écoute et en comprenant qu’intervenir est une autre forme d’agitation, le mental s’apaise. Cela se révèle en vous, donnez-vous l’opportunité et le temps que cela se manifeste.

L’acceptation est un acte conscient, la résignation est purement mentale. On accepte les choses en vue de les comprendre, comme un scientifique. La non-acceptation vous rend complice de la souffrance, car elle y contribue.

Dans un regard libre de toute affectivité, le sentiment de responsabilité, de frustration s’évapore, disparait. C’est par une attention, une présence lucide et sans intention que les tensions, les résistances, les défenses peuvent se libérer. D’une certaine façon tout dépend de votre vigilance.

Cela ne se fait généralement pas d’un seul coup, et c’est pourquoi nous pratiquons.

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Cette qualité d’observation, nous la travaillons en premier lieu par la pratique posturale, car la chose la plus tangible est la sensation corporelle, d’où l’importance de devenir autonome et de se donner la possibilité de pratiquer sans guidage, seul avec son souffle.

L’enseignement doit vous rendre libre, libre de la personne, de toute chose, autonome, sans dépendance aucune.

Si vous débutez dans le yoga, les cours sont cependant nécessaires. Sachez choisir ceux qui vous correspondent. Comprenez que si vous cherchez à suivre des vidéos d’un niveau supérieur au vôtre, non seulement vous allez générer du stress mais risquez surtout de vous blesser. Cherchez des enseignants aux indications anatomiques claires.

Après quelques mois ou années de pratique, il est plus que souhaitable d’alterner cours guidés et tutoriels, avec une pratique autonome, car tant que vous êtes accroché(e) à ce que vous voyez et entendez, l’observation dont il s’agit ici ne peut se faire.

Si toutefois vous semblez rester bloqué(e) dans quelques « je ne le sens pas », « sans guidage je suis perdu(e) » ou « je n’arrive pas à me motiver » ; voyez les motifs qui vous poussent à refuser la pratique autonome, car ce pourrait bien être les mêmes qui vous nuisent sur d’autres aspects de votre vie : relations toxiques, projets délaissés, procrastination… les séries de l’Ashtanga Vinyasa Yoga sont justement là, figées dans leur déroulement pour vous aider à ne pas faire intervenir le mental; il n’y a qu’a suivre l’ordre des postures.

Parfois on peut manquer de vigueur; démarrez sans grandes attentes, même si cela doit se réduire à quelques salutations suivi des postures finales. Vous verrez que souvent, après les salutations, l’énergie est là pour aller plus loin. Mieux vaut pratiquer 20 à 30 minutes de manière concentrée, que somnoler sur son tapis pendant 1h30.

Le vrai motif qui doit vous guider est simplement un désir d’être.

Tous les « objets » sont une création des sens. Votre corps est un objet au même titre que vos pensées. Avant tout, regardez vos motifs, vos pensées, vos émotions et surtout, aimez-vous sans critique, sans jugement : acceptez-vous.

Explorez votre corps, sentez-le, il n’est que sensation ; c’est alors une perception pure, lucide, sans qualification, simplement une sensation.

Si vous continuez votre exploration, vous verrez ses peurs, ses crispations, ses tensions, sa lourdeur, mais aussi les zones fluides, aériennes, tout ce qui relève du domaine de la sensation. Soyez conscient de cela afin de pouvoir prendre de la distance. Votre attention deviendra peu à peu libre, pure, sans intention, guidée seulement par la joie de cet examen.

De l’observation de votre corps découle celle du psyché et la possibilité d’adapter l’ardeur de votre pratique posturale en vue d’un rééquilibrage.

– Si vous observez de la lourdeur (tendance kapha) mieux vaudra une pratique ardente, un nombre conséquent de vinyasa entre les postures et des inspirations marquées.

– Si vous sentez de l’agitation mentale et une difficulté à la concentration (tendance Vatta), attention à ne pas aller trop vite, à ne pas enchaîner trop de postures, à limiter le nombre de vinyasa, voir même à rester bien plus que 5 respirations par postures. Prenez le temps de sentir les tensions se résorber, les noeuds disparaitre, sous peine d’exciter d’autant plus votre système nerveux sympathique et créer encore plus d’agitation.

– Si vous sentez en vous une énergie débordante qui a besoin d’être canalisée (tendance pitta) mettez l’accent sur la qualité de vos expirations; longues et puissantes, pratiquez « au ralenti ».

Si vous discriminez, interprétez, jugez, vous êtes lié(e). Purifiez votre mental de cette pensé erronée que quelque chose est à atteindre, à trouver, et vous serez devant l’instant où l’intellect n’a plus de rôle à jouer: c’est un lâcher prise, une ouverture.

Les agitations de votre cerveau vous sollicitent encore : respectez-les, n’essayez pas de les changer, de les éliminer ou de les justifier. C’est le Moi (votre ego) qui veut se défendre car il a besoin d’une situation pour exister.

Dès que vous éprouvez de l’agitation dans votre corps, en premier lieu, accueillez-la. Cela calmera toute cette effervescence car elle se dévoilera à vos yeux.

Regardez simplement le va-et-vient des pensées, ne les alimentez pas, tout en leur permettant d’exister. Tôt ou tard, la formulation s’apaisera. Ces fluctuations du mental finiront par s’éteindre faute d’aliment ; ce n’est pas vous qui les abandonnez, ce sont elles qui vous abandonnent.

Si le regard est vraiment détaché, sans but, il est pur et le regard lui-même et ce qui est regardé se dissolvent l’un l’autre dans votre tranquillité, votre centre, votre demeure. Le reste s’efface. Vous faites alors partie d’une vibration qui se déploie sans limite.

La pratique posturale mène à une transformation, corps et mental deviennent plus forts et cette attention qui leur est portée dans la pratique posturale est alors possible également dans l’assise.

Toutes les tensions corporelles ou psychiques se retrouvent dans la respiration; elles y sont inscrites. Les caractéristiques de votre personnalité s’expriment dans votre façon de respirer.

Si votre pensée est calme, claire, votre respiration l’est aussi; lorsque vos désirs, votre comportement, changent, votre respiration se modifie à son tour.

C’est pourquoi il est bon de faire suivre la pratique posturale avec quelques exercices de Pranayama. Si vous avez du temps, profitez-en. Sans vouloir partir trop loin sur ce sujet qui n’est pas celui de ce texte, le plus reconnu dans le fait d’équilibrer votre système nerveux autonome est Nadi Shuddi, la respiration alternée sans rétention (avec rétention se pratiquant après avoir bien maitriser le premier et s’appelant Nadi Shodana).

Pour vous aider, vous pouvez trouver en ligne des mantra, comme le Gayatri mantra, chantés 108 fois. A chaque mantra, une inspiration ou une expiration… ainsi vous ne comptez pas dans votre tête et être libre d’abandonner toute pensée. Le plus longtemps, le mieux. Expirez complètement avant de démarrer, toujours en commençant par une inspiration narine gauche. Ne cherchez pas à être dans la performance, comme on peut gâcher une pratique posturale.

Cherchez plutôt la qualité du souffle et principalement celle de vos expirations. Puis observez le calme.

Ce silence indescriptible, incomparable, contient l’énergie qui éveille l’intelligence créative. N’ayez pas peur de « basculer », faites enfin connaissance avec votre être réel jamais rencontré auparavant, avec votre vacuité, votre immensité. Laissez-vous saisir, emporter par cette attention.

Observez l’espace qui vous entoure et celui qui est en vous. Vous en serez pénétré et dans le silence qui vous envahit, vous serez libre de vos agitations, de vos actions, vous ne penserez plus sans nécessité.

Soyez un avec cet instant lorsque vous le vivez. Quand l’esprit, le mental ne sont plus obscurcis par des pensées erronées, toutes vos énergies se réorchestrent et entrainent la tranquillité. C’est tout simplement votre état naturel, tout simplement vous-même.

Votre véritable nature est une tranquillité profonde, infinie, sans intention. Vous ne pouvez la provoquer mais vous êtes invité à la vivre chaque jour. Soyez en identité avec elle, Elle sera par la suite en arrière plan de toutes vos actions. Laissez-vous d’abord saisir par elle.

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La pratique posturale, puis le pranayama et enfin les méditations sur les chakras, les Nadi, les Vayus, etc… sont des pratiques engageant une concentration qui n’a pour autre but que de rendre de plus en plus facile et spontanée notre capacité à l’observation et la compréhension sans l’action du mental : une écoute sans relation personnelle avec ce qui est entendu, une vision sans l’implication de ce qui est vu, un silence.

Dans l’absence est la présence. Cette compréhension nous vide complètement la tête des pensées polluantes. Nous pourrions dire; il reste uniquement le coeur. C’est cela qu’on appelle parfois « l’intelligence du coeur ».

Pour qu’elle soit réelle, efficace, il est indispensable que l’observation s’étende sur toute votre vie courante, sur les actes importants ou très secondaires se présentant dans l’instant.

Voyez comment vous fonctionnez à chaque instant.

Les questionnements sont là pour permettre à votre intellect de se clarifier. Observer lucidement les réflexes qui pourraient vous porter à combattre, réprimer ou sublimer un problème et les évidences, qui vous semblaient encore un peu confuses, vont se dessiner plus nettement et vous donner une perspective plus juste.

Si votre écoute est totale, ouverte, non divisée en positif et négatif, la réponse se dessinera clairement devant vos yeux, elle sera pour vous évidente.

La vie et ses aléas apparaissent différemment selon votre poste d’observation. Un conflit n’est qu’un tableau vu d’un certain angle. Quand votre attention est innocente, libre, la toile s’agrandit, vous la voyez de tous cotés et ce qui avait été pressenti comme une complication s’intègre dans un ensemble. Une vision générale, non-impliquée donne un sentiment de pleine liberté.

Pour bien se connaitre, il est préférable d’être mêlé(e) aux autres dans la vie quotidienne. Les impondérables vous obligeant à vous interroger.

Les gens avec lesquels vous vivez depuis très longtemps sont, dans certain cas, devenus des meubles pour vous. Constatez-le, sachez les aimer et vous aimer de la même manière.

Essayer de vivre une matinée, un après-midi, uniquement attentif à la personne en face de vous, en lui laissant la liberté de s’exprimer, d’évoluer. Si vous lui surimposez un schéma, un connu, vous la jugez, l’encadrez, elle se sent privée de sa liberté. Être attentif à l’autre est un geste d’amour. Nous avons tous besoin de sécurisation, d’amour et de reconnaissance, si vous êtes dans l’ouverture, celui qui vous fait face en est stimulé et vos rapports seront tout autre.

Lorsque vous vous sentez nerveux, en colère, constatez cela, mais ne laissez pas ces émotions se manifester, ce qui peut être odieux pour l’entourage.

Plus vous pratiquez avec un regard pur, pur dans le sens de concepts, de qualifications, plus les sollicitations de toutes ces pensées parasitaires vont régresser, ce qui vous donnera une énergie extraordinaire pour aller toujours plus loin dans la compréhension. Votre niveau de conscience augmentera.

Parfois difficile à concevoir pour notre culture élevée dans le « je pense donc je suis », il est très important de comprendre que cette démarche ne peut être intellectuelle, mais du domaine du ressenti et que cela se révèle dans le silence.

Le mental n’a pas la possibilité de changer le mental.

La personne, le Moi, est constamment entre l’avoir et le devenir, elle n’est que mémoire. La pensée pure qui surgit du silence, non guidée par la mémoire et le connu, est seule juste, valable. Elle est créative tandis que celle qui nait du mental peut être considérée comme une agression.

Aussi longtemps que vous vous identifiez avec une image, aucune modification réelle ne surviendra, elle sera apparente peut-être, mais de courte durée ; la vraie métamorphose se produira dans l’oubli d’un vous-même, ce dépassement de l’égo, du Moi.

Le pressentiment, l’intelligence (buddhi) viennent du Soi. Vous pressentez la clarté et dans une intuition, une fulgurance, tout est clair en vous.

Ce pressentiment est toujours juste, mais comme il se manifeste sur le plan phénoménal, veillez à bien le garder en vie, sinon le Moi s’en empare et créera le doute. Quand celui-ci malgré tout advient, demandez-vous « qui doute ? » et vous prendrez du recul.

Faites seulement face au fur et à mesure à ce qui se présente à vous, en partant d’une attention. Ce n’est pas être attentif à quelque chose mais être attentif à l’attention. C’est un regard sans tension qui ne projette, ni n’anticipe, quoi que ce soit : il s’agrandit et devient conscience.

Cette lucidité, ce recul, vous libéreront de toute affectivité, votre vie sera plus harmonieuse, plus heureuse, sans angoisse.

Le Yoga est un éveil à la vraie intelligence, on pourrait même dire, à un savoir universel cosmique.

Le Soi (Jivatman), votre vrai vous-même, n’a pas de problème. La paix est en vous.

With Love.

Inspiré par Jean Klein « A l’écoute de soi »